Partager l'article ! Pour faire manger des légumes verts aux enfants (partie 2): Pourquoi les dragons soufflent-ils du feu ? Il y a fort, f ...
Pourquoi les dragons soufflent-ils du feu ?
Il y a fort, fort longtemps, les dragons étaient un peuple d’animaux paisibles. Ils se contentaient de brouter l’herbe au fond des bois, ou de pêcher quelques mollusques bien tendres. En effet, malgré leur apparence effrayante, les dragons souffraient d’un défaut rédhibitoire : ils avaient les dents molles. Impossible donc de chasser, ni même de se défendre. C’est pourquoi ils se terraient au fond de grottes obscures, en haut de montagnes inaccessibles.
Mais un hiver plus rigoureux que les autres les chassa de leur calme refuge. Impossible de pêcher dans les étangs gelés. Impossible de trouver la moindre brindille comestible sous des mètres de neige verglacée. Ils descendirent donc de leur montagne, amaigris par des semaines de jeûne. Dans la vallée, le froid régnait aussi, mais moins vivement. La végétation restante n’était cependant pas suffisante pour les nourrir tous, et ils étaient souvent attaqués par d’autres animaux, qui trouvaient à juste titre qu’un dragon constituait un gigantesque stock de viande, d’autant plus qu’on pouvait la congeler facilement dans la moindre crevasse.
La population des dragons fut vite décimée entre la famine et les prédateurs. Les quelques survivants se réunirent en conseil dans une clairière isolée.
« Nous devons trouver quelque chose. Encore quelques temps, et nous ne formerons plus un peuple, plus une tribu. Nous se serons que quelques individus isolés. Et quand on est isolé, on meurt. »
Tous restèrent muets face à ce sombre constat énoncé par le plus vieux des dragons. Ils vivaient de la même manière depuis des temps immémoriaux, et il n’est pas facile de prendre des initiatives contre une tradition, même mortifère. Ils continuèrent à mâchonner, qui une herbe à demi gelée, qui un escargot débarrassé de sa coquille à coups de griffes. Un long moment passa.
Soudain, recrachant une limace à moitié digérée, un jeune dragonneau à crête rouge s’écria :
« Je sais ! Il faut que nous mangions de la viande ! du gibier ! Nous ne pouvons rester végétariens dans un monde sans végétaux. Et les quelques mollusques que nous trouvons ne peuvent nous suffire. »
Tous commencèrent par se récrier. Ce n’était pas possible, leurs ancêtres allaient se retourner dans leurs tombes, les esprits se rebeller, la fin du monde arriver. Et puis ils se rallièrent à l’inévitable réalité. La solution était dans l’adaptation des espèces.
Ils se mirent donc en chasse. Après quelques ratés, ils réussirent sans peine à ramener un joli tas de gibier, car leur taille était si impressionnante que les petits animaux mourraient de peur dès qu’ils les entendaient arriver. Mais cela ne constituait toujours pas un repas. Il leur était en effet impossible de mâcher la moindre viande avec leurs dents molles, et les poils de leurs proies restaient désagréablement collés au palais pendant des heures.
Une nouvelle fois, le conseil se réunit. Ils palabrèrent, mâchouillèrent quelques gastéropodes pour tromper la faim, et restèrent perplexes. La nuit les surprit sans qu’ils aient rien trouvé, puis une nouvelle journée, puis une nouvelle nuit. Ils étaient près de mourir de faim sur place, quand un orage éclata brusquement. Un éclair tomba au milieu de la clairière, foudroyant le tas de cadavres faisandés. Aussitôt, une délicieuse odeur de rôti envahit les narines des dragons. Ceux qui en avaient encore la force se précipitèrent, dévorèrent quelques cuissots bien tendres, dont la chair se détachait des os, puis amenèrent les restes aux survivants plus mal en point. Non, la solidarité n’était pas un vain mot chez les dragons.
Pendant quelques temps, ils se déplacèrent en suivant les cumulonimbus, à la recherche de l’éclair nourricier qui rôtirait leur venaison. Mais la saison sèche arriva, laissant à nouveau place à la famine.
Une troisième fois, le conseil se réunit dans la clairière. Palabres, mâchouillages, mutitude indécise.
Comme la première fois, le dragonneau à crête rouge prit la parole :
« Si le feu ne veut venir à nous par la voie du ciel, fabriquons-le nous-mêmes. »
Les Anciens le regardèrent comme s’il était devenu fou. Puis, la raison se frayant lentement un chemin dans leur cerveau de ruminant, ils le considérèrent avec un respect mêlé de stupeur. Enfin, ils prirent un air interrogateur, pendant que le plus âgé murmurait ce que tous pensaient :
« Mais… comment ? »
S’ensuivirent de longues heures de bavardages, mâchouillages et regardages perplexes. De leurs longues pattes maladroites handicapées par les griffes et des siècles d’amorphie, quelques-uns tentèrent vainement de frotter deux cailloux l’un contre l’autre.
Le petit dragon rouge laissa ses compagnons à leurs expériences infructueuses, et partit de par le vaste monde, observant les feux de forêt, de brousse, le moindre début d’incendie. Revenu dans sa clairière après ce long voyage, il avait compris que ce qui compte, c’est le souffle à l’allumage. Or, du souffle, les dragons en avaient à revendre, doté qu’ils étaient d’un gigantesque gosier. L’étincelle de démarrage pouvait également être provoquée sans difficulté, en quelques cliquetis d’écailles. Il restait le problème du bois de chauffage. Les brindilles subsistantes étaient boulottées à l’apéro, et il était de toute manière peu pratique de se promener avec son stère sous l’aile. Non, le combustible devait être intérieur.
Il ne restait plus au peuple des dragons qu’à inventer l’agriculture. Après des années et des années de tâtonnements, le dragonneau à crête rouge étant devenu un bel ancêtre aux écailles grisonnantes, le meilleur résultat fut trouvé. Les petits dragons étaient gavés dès leur naissance de fagots de haricots verts, qui leur serviraient ensuite de carburant toute leur vie.
La race des dragons reprit alors tout son éclat, rôtissant à tout va, de la volaille au chevalier errant, transformant la carne la plus dure en tendre civet. Mais rappelez-vous, petits enfants, que toute leur force ne serait rien sans l’apport des petits haricots cuisinés par leur maman adorée.
Oui, je sais, tout ça pour ça. Une photo arrive dès que j’ai trouvé un dragon à photographier dans mon potager.
Quant à la recette, elle est on ne peut plus simple.
Des haricots verts les plus frais possibles (à défaut des surgelés, ils sont meilleurs qu’en conserve)
Une gousse d’ail
Un bon morceau de beurre
Sel, poivre, herbes (persil ou ce qu’on trouve)
Faites cuire les haricots jusqu’à ce qu’ils soient cuits mais encore un peu fermes. Pour moi c’est 5-6 minute à la cocotte-minute. Les refroidir tout de suite en les plongeant dans l’évier rempli d’eau froide, il paraît que ça permet de garder la couleur. Tout ça peut être fait à l’avance.
Au dernier moment, faire fondre le beurre dans une poële, ajoutez l’ail écrasé au presse-ail et les haricots égouttés. Il faut juste faire réchauffer, que le beurre fonde.
Servir et manger, pour être forts comme des dragons.
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